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En célébration pour le 100e de Rouyn-Noranda, 2026

ICI, le grèbe jougris nidifie

Le corpus sur le Grèbe jougris a pris son essor en 2012, avec l'exposition solo ICI le grèbe jougris, qui réunissait plus de trente créations combinant dessins (fusain, pastels secs, encres), estampes (lithographie, linogravure), peintures (acrylique, aquarelle, huile) et la fresque numérique. L'année précédente, en tant que commissaire, j'avais invité plusieurs artistes à participer à l'exposition collective  Les Oiseaux . Plus d'une cinquantaine de participants ont contribué à faire de ce projet un succès. Mon intérêt envers cet oiseau aquatique a commencé à ce moment-là et j'y ai créé ma toute première peinture du Grèbe jougris intitulée Co-Habitation. Cette œuvre inaugurale a servi de germe au corpus qui s'est déployé l'année suivante.

Au cœur de l'exposition de 2012 se trouvait la fresque numérique Voici mon token, dont le titre évoque le prix à payer pour un passage vers l'innovation technologique et industrielle. Après plus de huit mois de conception, huit grands panneaux sur toile dévoilèrent cette tension entre héritage minier et résilience du vivant. Plus de quatorze ans se sont écoulés depuis, et le centenaire de Rouyn-Noranda offre aujourd'hui l'occasion de revisiter cet ensemble, en l'ancrant dans un dialogue intime avec le territoire et son histoire.

Pièce maîtresse de l'exposition actuelle, le grèbe jougris est le témoin silencieux d'un paradoxe. Cet oiseau a choisi le lac Osisko pour nidifier pour la première fois au Québec – ici même, où les débats sur l'environnement résonnent avec le plus d'urgence. Ce paradoxe, celui d'une espèce qui prospère là où l'industrie pèse encore, interroge les conditions mêmes de la résilience. Comment un territoire se construit-il entre héritage minier et mémoire du vivant ? Comment la peinture peut-elle incarner cette cohabitation du toxique et du fertile, de l'artificiel et du naturel ?

Ce corpus explore cette question à travers une évolution formelle : d'une figuration directe de la tension industrielle vers une approche plus stratifiée, où la diversité des médiums et des gestes picturaux complexifie le récit. L'exposition de 2026 met en dialogue les œuvres inaugurales avec des pièces récentes, révélant un déplacement : la confrontation frontale cède la place à une tension plus diffuse, inscrite dans la matière même de l'œuvre. La couleur y soutient une double lecture – poids de la pollution et promesse du renouveau – sans que l'une n'annule l'autre. Cette coexistence des contraires constitue le noyau de la démarche.

Le grèbe jougris n'est pas ici un simple motif ornithologique. Il devient un opérateur conceptuel, un point d'entrée pour penser les rapports entre industrialisation et vitalité, entre mémoire et devenir. La nidification réussie de cet oiseau sur le lac Osisko n'est pas une anecdote naturaliste : elle est le signe d'une résilience qui interroge notre propre capacité à habiter un territoire marqué par l'extraction et la transformation.

Ma pratique artistique est une quête vibrante, une exploration de la couleur comme territoire sensible où mes sujets, témoins des mutations du monde, trouvent leur juste place.

 

 

Céline J. Dallaire

CELINE J. DALLAIRE-01-01 Logo ART CONTEMPORAIN.png

140, 8e Rue

Rouyn-Noranda (Québec)

Canada  J9X 2A6

819 768-2916

celinejdallaire@gmail.com

Crédits photos: Yves Bouchard

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